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DOS & DON'TS
DANS CE NUMÉRO
DU CÔTÉ DE VICELANDDU CÔTÉ DE VBSDU CÔTÉ DU PROJET CRÉATEURSDU CÔTÉ DE MOTHERBOARD
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MAIS OÙ EST ILL ?On A Rencontré La Moitié Du Plus Grand Groupe De L’histoire Du Rap En FranceINTERVIEW : JULIEN MORELPHOTOS : MACIEK POZOGA
Les X-Men sont mon groupe de rap français préféré. Il y a plein de raisons concrètes, irréfutables, précises qui pourraient l’expliquer, mais je préfère m’en tenir à l’essentiel : Ill et Cassidy ont inventé le rap des années 2000, cinq ans avant. Au milieu des années 1990, ces deux mecs de Ménilmontant ont créé de toutes pièces un langage, un style que tous les autres ont (mal) pompé par la suite. Un mélange d’allitérations hyper poussées, de jeux de mots brillants, et dans le même temps une attitude sans concession dont peu de rappeurs hardcore peuvent se targuer. Ils ont été parmi les seuls rappeurs français à se démarquer des autres. Et depuis, plus rien. Récemment, j’ai entendu plein de rumeurs folles au sujet de Ill. Qu’il était devenu « crackhead », qu’on l’avait vu « dormir dans la rue ». Juste assez pour me donner envie d’aller vérifier. Quelques coups de fil plus tard, je suis entré en contact avec Cassidy, qui m’a dit qu’il m’expliquerait toute l’histoire des X depuis le début. Jusqu’à maintenant. Il m’a donné rendez-vous chez lui, à Pantin, et on a discuté une bonne demie heure. Évidemment, aucune des rumeurs que j’avais entendues n’était fondée. Ill va bien, il vient même d’avoir un enfant. Il refuse juste de parler aux médias, aux gens, voire à ses propres potes. Tous deux vivent encore du rap. Et il est possible qu’un jour, dans un avenir qu’on ne saurait déterminer, les deux X-Men se remettent à « châtier des MC » ensemble. On a le droit de rêver, hein. Vice : C’est à quelle époque que vous avez démarré X-Men ? Je veux dire, le tout premier morceau enregistré, les vrais débuts. Cassidy : Pour moi, c’est « J’attaque du mike ». On avait enregistré quelques morceaux avant, mais c’était vraiment confidentiel, on va dire. Tu connaissais Ill depuis longtemps déjà. Oui bien sûr. Tu sais, on n’a pas attendu la musique pour être potes, Ill et moi. On s’est rencontrés au collège, en sympathisant comme des adolescents tu vois, puis la musique s’est ajoutée à ça. On habitait Ménilmontant tous les deux. Vous êtes allés loin à l’école ? Je crois que j’ai été l’un des derniers à arrêter les cours. Hifi avait déjà lâché et Ill était encore en cours mais il commençait déjà à moins s’y intéresser, tu vois. Au moment où on a enregistré « J’attaque du mike », j’étais encore au lycée. C’est vrai que pendant longtemps, Hifi était considéré comme X-Men. Non, il rappait avec nous mais ça a toujours été clair : il ne voulait pas rapper qu’avec le groupe. On l’a rencontré au cours de nos pérégrinations dans Paris, il venait de Porte de Vanves. À cette époque-là, on dansait dans un crew qui s’appelait le 501 Possee, avec Solaar. Et Time Bomb, vous avez connecté comment ? Je ne me rappelle plus vraiment, ils avaient pour projet de recruter plein de rappeurs pour créer une espèce de « légion » Time Bomb, et ils nous ont gardés. Il fallait qu’on leur donne un vrai morceau pour prouver ce qu’on savait faire. Seck nous a filé un son avec le sample de Chaka Khan, on a appelé Hifi pour venir frapper le beat avec nous, et voilà. C’est pas un peu bizarre de résumer à un simple « voilà » l’un des meilleurs morceaux de l’histoire du rap français ? On n’en avait pas vraiment conscience, mais ce dont on était certains, c’est qu’on faisait quelque chose de différent. À l’époque, la plupart des mecs criaient un peu dans tous les sens, c’était un certain rap hardcore qui était à la mode. Et nous, on est arrivés en faisant un pied de nez à tout ça. On chantait sur le refrain, on était calmes, différents des autres. Tu sais ce qu’il est devenu, Diable Rouge ? Il était sur la face B du maxi de J’attaque du mike. J’ai eu de ses nouvelles il y a trois ans de ça. Malheureusement pour lui, il a fait un séjour en prison. Il a eu des petites histoires mais je sais qu’il s’en est bien remis et qu’il prépare des projets en ce moment. Là, ça fait un petit moment que je ne l’ai plus eu au téléphone. Après la sortie du maxi, vous avez enchaîné les compilations : « Pendez-les » sur Hostile 1, et « Retour aux pyramides » sur la B.O. de Ma 6-T Va Crack-Er. Le buzz de « J’attaque du mike » a eu un effet boule de neige. Les mecs de Hostile nous ont demandé un morceau, on leur a donné « Pendez-les ». Juste après, Hifi a voulu prendre son indépendance mais comme je te le disais, c’était un truc établi dès le départ. On a donc enregistré « Retour aux pyramides » sans Hifi. Puis un autre juste dans la foulée sur la compile Sad Hill de Kheops, « Ma haine est justifiable ». Puis rien pendant deux ans, et pas mal d’embrouilles juridiques avec Time Bomb. Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai toujours trouvé ça chelou que le label qui avait signé les meilleurs rappeurs français devienne du jour au lendemain presque infréquentable. Bah, qu’est-ce qui peut faire qu’un label soit fui par tous les gens qui sont signés dessus ? Hum, l’argent. Eh ouais. Je sais pas trop ce qui s’est passé, qu’on ait eu raison ou qu’on ait eu tort, plein de choses n’avaient pas été spécifiées par Time Bomb et on a eu l’impression de s’être fait avoir. Ça a explosé, les gens ont eu des doutes et chacun a fait son chemin. Seul Oxmo est resté sur le label. Mais réellement, Seck vous devait des thunes ? Non c’est pas ça, c’est juste qu’on a signé un contrat assez naïvement. On n’avait pas trop lu les clauses et on s’est rendu compte par la suite que c’était un contrat qui nous liait de manière un peu trop abusive à Time Bomb. On est allés voir Seck et on lui a dit : « C’est fini. »
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