DOS & DON'TS

He made his bangs out of red tracing paper, cut his waist off then handcuffed it to himself, and made a scarf out of a cheetah skin draft-guard. Congratulations Pierre Pirou. You just became Monsieur LeCrab’s trusty sidekick.
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This guy makes me want to deep-fry my Jimi Hendrix records and play them on a turntable made out of mashed potatoes and baked beans. Comments/Enlarge | See all






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LE FILM DONT VOUS ÊTES LE HÉROS


TEXTE : REMI WALLON ET MORGAN POYAU
ILLUSTRATIONS : STEVEN BURKE D’EDREM



Vous êtes une personne normale : vous tenez la majeure partie de votre culture cinéma de vos années lycée, de vos soirées sur Internet, des après-midi PS2 avec vos copains et de vos sorties à la fête du cinéma avec votre frère emploi jeune. Vous vous êtes taillé un joli succès avec votre PICK YOUR FIVE sur Facebook qui alignait les immanquables Jackie Brown, Requiem for a Dream, Les Affranchis, Tout sur ma mère, et Lost in Translation.

Au seuil de la vie active, vous seriez bien tenté par une carrière enrichissante de journaliste 2.0 dans les nouveaux médias, mais votre fibre artistique et votre patiente accumulation de grands classiques du 7e art au format .avi grâce au compte rapidshare de votre cousin vous poussent à tenter votre chance dans l’industrie du cinéma, qui, malgré la crise, continue de prospérer au rythme de 24 emplois précaires par seconde.

En fouillant les petites annonces de Libé dans l’espoir que la petite brune à Converse de la ligne 6 vous ait laissé un haïku contestable dans la rubrique « Transports amoureux », vous tombez sur l’annonce du casting d’un film policier. Vous décidez de vous y rendre et vous passez en Case 2.

Un ami débrouillard tempère votre enthousiasme et vous garantit que ce casting n’est qu’un « plan figuration ». Vous lui faites ­confiance (après tout c’est lui qui vous a fait découvrir Thomas Gilou), d’autant que sa copine régisseuse a quelques contacts qui pourraient vous aider dans le milieu. Vous vous rendez en Case 3.

L’annonce elliptique de Libé était en fait émise par la boîte de production Les films du 36 (« des films qui bastonnent et des flics qui dérapent ») chargée du casting du premier vaudeville en commissariat d’Olivier Marchal : Le Tromblon qui en savait trop (titre provisoire). Consciencieux, vous préparez l’audition en lisant à haute voix les meilleurs San Antonio vêtu d’un trois-quart cuir et en vous entraînant à cloper nerveusement sur le site Internet du ministère de l’Intérieur.

Épuisé par vos révisions, vous vous réveillez à la dernière minute le premier jour du casting. Vous tentez quand même votre chance et arrivez en retard, blafard et cerné, sur le terrain vague près de la gare du Nord loué pour l’occasion. Vous vous rendez en Case 4.

Vous attendez le lendemain pour vous y rendre plus présentable et dans de meilleures dispositions. Vous vous rendez en Case 5.

Après quelques inbox pressants et maladroits, la régisseuse finit par vous lâcher le numéro de portable d’un ancien technicien de La Grosse Émission qui connaît Jean-Paul Rouve. Au téléphone, le mec est confus mais positif : il peut vous aider à ­lancer votre carrière.

Contre toute attente, il vous donne rendez-vous à la Mécanique Ondulatoire après un concert des Vivian Girls. Sûr de rien, vous empruntez à votre frère emploi jeune sa veste en denim favorite et vous vous rendez, hésitant, en Case 10.

C’est plutôt bien parti, il vous donne rendez-vous dans une brasserie du 9e arrondissement connue pour sa formule « cantine » du midi à 24,90 €. Vous trouvez que ça fait un peu cher pour un œuf mayo, un croque-monsieur et un ballon de rouge, mais vous décidez tout de même de vous rendre en Case 6, d’autant que d’après lefooding.com c’est la brasserie préférée de Philippe Tesson.

Pari gagnant : votre allure fatiguée et votre air maussade tapent dans l’œil vitreux de l’insaisissable Olivier Marchal, qui décide de vous confier le rôle de son fils dans son prochain film de flics aux cheveux gras, dans lequel il campe un commissaire aux prises avec ses démons et contraint d’outrepasser les règles de l’institution policière pour coffrer le Toqué et sa bande de voltigeurs, auteurs de braquos de casinos et propriétaires de salles de jeux clandestines entre Bagnolet et Clignancourt. Paternaliste, Marchal vous prête son édition originale dédicacée des mémoires sans concession de l’ancien chef des RG Ange-Lucien Fouché aux éditions Christophe Hondelatte, et vous invite à faire la tournée des bistros du milieu à la rencontre des truands d’avant, « ceux qui avaient les couilles fermement accrochées au sens de l’honneur ».

Vous le suivez pour un cognac matinal au Balto de la Porte de Vanves en Case 7.

Un peu inquiet et perfectionniste, vous vous plongez séance tenante dans le scénario. Retour chez vos parents (on sait que vous n’y allez pas souvent mais vous pourriez vous souvenir que c’est en Case 8).

Votre côté propret, votre chemise APC et votre odeur de cédrat et de vétiver relevée au citron de Sicile s’accordent mal avec la conception qu’Olivier Marchal se fait de la jeunesse. En plus, vous êtes nul au baby-foot, vous êtes incapable de débrider une mobylette et vos cigarettes ont des filtres.

Déçu mais bien décidé à prouver votre virilité, vous décrochez ­malgré tout un petit rôle dans cette série plusieurs fois nominée aux 7 d’or : PJ. Séduit par ce rôle de petite frappe des années 1990 coupable du meurtre du clochard accordéoniste du canal Saint-Martin et irradié par l’intensité de Bruno Wolkowitch, vous êtes plus que jamais convaincu que votre place est au cinéma.

Un imprésario rencontré à la gare Saint-Lazare pendant une grève vous a vivement conseillé de vous rendre au festival de Cannes, même sans accréditation officielle, pour provoquer votre destin. Vous faites du stop et allez accélérer votre carrière en Case 10.

Élevé dans le culte de la méritocratie républicaine, vous savez que l’on ne peut réussir une carrière dans quelque discipline que ce soit si l’on n’a pas d’abord passé un concours. Vous vous inscrivez donc au concours d’entrée à la FEMIS et commencez à réviser en Case 19.

Le chouchou des Césars est bien au rendez-vous, et vous ­regarde du haut de sa légitimité. En terminant sa tarte Tatin, Rouve vous dévoile le synopsis de sa prochaine comédie de l’été, avec la ferme intention de vous embarquer avec lui dans l’aventure du rire citoyen. Djamel Bensalah lui a en effet confié le premier rôle de son prochain opus De la City à la cité, histoire édifiante d’un ex-trader aux dents longues reconverti en moniteur de colo au grand cœur. Il veut mettre à profit cette comédie loufoque mais touchante qui se joue de plus d’un préjugé, pour faire de vous le digne successeur de Julien Courbey dans la figure du « petit arabe sympa et débrouillard joué par un Blanc ». Il vous embarque sur le tournage.

Après six semaines de déconne à la Bourboule, la soirée de fin de tournage clôt l’aventure dans une avalanche de potacherie. La déconne ne s’arrête pas là et Djamel Bensalah donne rendez-vous à toute l’équipe au festival de Cannes pour le début de la tournée de promo, dans les termes suivants : « C’est la mite au Martinez. » Vous allez vous la coller au Martinez en Case 9.

La controverse médiatique Bienvenue chez les Ch’tis et les Césars vous a appris que comédie ne rimait pas avec reconnaissance de la profession. Vous courez après la légitimité en allant préparer le concours de la FEMIS Case 19.

Le tournage du film de Marchal s’est bien déroulé, et le réalisateur vous a distingué en vous attribuant une symbolique médaille d’honneur du syndicat ALLIANCE. Un rôle de composition qui n’a pas échappé à votre ancien professeur de théâtre, fondateur de la Compagnie du Ballon, figure tutélaire et bon vivant du off d’Avignon. Il vous propose de travailler avec Denis Podalydès ; convaincu qu’il est nécessaire de dépasser la querelle du sens, vous acceptez de le suivre dans une création contemporaine interrogeant la figure de la méduse, une éventuelle forme-sens pour penser un théâtre de l’effroi. Les premiers essais dans l’amphithéâtre Maurice Blanchot de l’ENS sont concluants et une reprise subventionnée est prévue au Théâtre national de la Colline. Ariane Mnouchkine is attending, Olivier Py likes it.

À l’issue de la générale, la troupe rejoint Olivier Assayas et l’intelligentsia de l’art dramatique dans l’arrière-salle des Fleurs du Malt, la brasserie des insiders du théâtre et des rédacteurs de la revue Mouvement – L’indisciplinaire des arts vivants. On n’invente rien en Case 14.

Épuisé par le name dropping incessant et l’utilisation peu rigoureuse de l’œuvre de Gilles Deleuze, vous vous accordez un moment de détente avec du bon cinéma populaire de papa. Vous achetez du pop-corn en Case 10.

Malgré vos révisions, vos fiches bristol et votre farandole de traits fluo, vous ne parvenez pas à décrypter la savante formule de trois trahisons, d’un double jeu et de deux infiltrations qui composent l’intrigue average de chaque opus d’Olivier Marchal. Irrité par cette dérive intellectualisante du film à képi, vous prônez un retour aux fondamentaux du film de flic de droite popularisé par Alain Delon dans une filmographie exigeante scandée par les immanquables : Le Flic soigne sa droite, Le Flic contre Maastricht, Le Flic soutient le putsch des Généraux (et sa suite bavarde Le Flic dénonce les accords d’Évian), Le Flic remet de l’ordre en Indochine, Le Flic coffre Dreyfus, Le Flic infiltre le Cartel des gauches, Le Flic remet les Orléans sur le trône avec ses couilles, Le Flic oublie 1936, Le Flic dénonce le Programme commun (Prix Alain de Benoist 1982), Le Flic prouve les racines chrétiennes de l’Europe (Prix spécial du jury aux festivals de Varsovie et Dublin 1994), Le Flic signe l’appel de Cochin, Le Flic déconstruit Senghor, Le Flic vend du beurre aux Allemands, Le Flic est vendéen, Le Flic démonte les éoliennes, Le Flic est en stage à la préfecture de Bordeaux, Le Flic libéralise les services postaux, Le Flic contre Télérama, Le Flic tabasse Belmondo, Le Flic est né un 6 février (Matraque d’or au festival du film historique de Marignane), Le Flic réhabilite la notion d’exemplarité, Le Flic trouve qu’Hannah Arendt assène plus qu’elle ne démontre, Le Flic aime tous les folklores, Le Flic vote Raoult, Le Flic défend la rigueur budgétaire, Le Flic préface Dantec, Le Flic mange des maquis, et Bousquet final.

Persuadé que cet âge d’or du cinéma est définitivement révolu, vous êtes à deux doigts de verser dans la nostalgie béate, lorsqu’un poste de chroniqueur cinéma se libère miraculeusement à BFM TV suite au licenciement d’une journaliste qui exigeait un congé maternité et le paiement de ses heures supplémentaires. Fort de cette érudition et de ses soubassements théoriques, vous réalisez une nette petite carrière en prenant soin de cacher les ambitions artistiques de votre passé.

Vous voilà sur le plateau du Grand Journal. Intimidé par ce lieu hanté par la galerie de personnages légendaires de José Garcia, et embarrassé de voir Jean-Michel Aphatie headnodder sur un morceau de Bobmo dans le générique d’ouverture, vous reprenez votre contenance en remarquant que votre tee-shirt hommage à Philippe Vandel ne passe pas inaperçu. Après une chronique érudite et sensible de Laurent Weil, vous profitez d’une coupure pub pour demander à Denisot : « Mais il devient quoi Devoise ? » Vous vous sentez à ­l’aise mais ne vous laissez tout de même pas trop griser, c’est bientôt le moment du Top 5 gênant de Thomas Ngijol.
Vous profitez de la chronique responsable d’Ali Badoit sur l’Essai sur la banalité du mal pour papoter avec votre taciturne voisin de gauche. Bonsoir imbuvable en Case 12.

Vous profitez de la chronique libérale humaniste d’Ali Badoit sur la dernière mise en garde de Marcel Gauchet (l’homme de toutes les mises en garde) pour ambiancer votre voisine de droite. Tuvapalapiner^^ en Case 13.








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