DOS & DON'TS

You know 500 years from now some asshole is going to think this is what people in the 20th century looked like. It's like how we take the entire middle ages and go, "Oh yeah, they were a bunch of dickhead knights." Comments/Enlarge | See all


If you mix Cirque du Soleil teacher, Living Colour groupie, and homeless biker you end up with a hodgepodge that cancels the bad parts out of the ingredients and makes a whole new person.
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ALEJANDRO JODOROWSKY


INTERVIEW : PHILIPPE AZOURY
PHOTOS : MACIEK POZOGA



Présenter Alejandro Jodorowsky en quelques lignes est impossible. Comme un chat octogénaire, il a connu des vies multiples : cinéaste, danseur, écrivain, homme de théâtre d’avant-garde, mime, scénariste de bande dessinée, journaliste (« La Vie sexuelle des super-héros » dans Métal Hurlant) et grand magicien devant l’éternel, tirant chaque semaine à Paris les tarots à une foule amassée dans un café. Avec la fin du conflit commercial de 30 ans l’opposant à son producteur qui avait bloqué les copies de ses films, on peut enfin partir à la découverte d’une poignée de films possédés, psychédéliques, excessifs et mystiques. El Topo, La Montage sacrée, Fando et Lis, Santa Sangre, sont tous indispensables. On l’a rencontré chez lui, à Paris, il avait oublié notre rendez-vous, mais il a quand même bien daigné se mettre à raconter quelques souvenirs plutôt passionnants.

Alejandro Jodorowsky : Tu vois ce chat… Il est vieux, très vieux. Il doit bien avoir 25 ans. Il boite, il n’entend plus, il est aveugle. Mais il vit. Il m’accompagne. Une fois, quand j’étais très jeune, j’allais vers Paris, le bateau a fait escale à Barcelone pour cinq heures, on nous a laissé descendre, je n’avais pas d’argent, je ne savais pas où aller. Dans la rue, j’ai vu un chien errant et je me suis mis à le suivre. Il m’a emmené au marché, puis au Barrio Chino, le quartier des prostituées ; puis à la Sagrada Famila, l’église décorée par Gaudi. C’est un chien errant qui m’a fait découvrir Gaudi. Il était mon guide. Un maître, tu sais, ça peut aussi être un chien.

Vice : Vous avez toujours eu besoin d’un maître ?
Oui, parce que la communication avec mon père était inexistante. Il m’écrasait. Il était commerçant, très autoritaire, athée, il se moquait de tout. Aucune transmission, sauf deux conseils : « Achète bon marché et revends cher » et « rien n’est vrai. » J’ai eu besoin d’un archétype paternel pour me sortir de l’infantilité. Me donner ce que ce père ne m’a pas donné.

Vous avez tourné vos premiers films assez tard, à 39 ans…
J’ai toujours voulu faire du cinéma, c’est l’art le plus grand pour moi. Le mime, que j’ai appris avec Marceau, le théâtre que j’ai pratiqué avec Topor et Arrabal au moment du mouvement Panique, la danse, les marionnettes, tout ce que j’ai exploré c’était dans l’idée de faire des films. Mes maîtres en cinéma sont restés les mêmes : Buñuel, les grands oniristes, Freaks de Todd Browning. Et aujourd’hui quelques asiatiques hors normes.

Où en êtes-vous du film en préparation ?
Il est possible que ça se fasse, j’aurai des nouvelles cet automne… Le script, c’est l’enfant d’El Topo. J’ai imaginé une vie dans un monde dévasté, après la catastrophe. La Sainteté est enterrée entre deux rochers d’or sur une petite île, mais pour y accéder il faut être soi-même un être pur, un saint. Il est possible qu’on le tourne entre l’Espagne et la Russie.

Qu’est-il arrivé à King Shot, le film que vous annonciez il y a trois ans et pour lequel Asia Argento et Marilyn Manson avaient déjà donné leur accord ?
Le scénario était trop fort : un casino, le King Shot, au milieu du désert dans un monde qui est en train de tomber en ruine. Comme toujours avec moi, c’est irracontable : il n’y a pas de pitch pour mes films. Mes œuvres ne se résument pas en dix lignes. Et comme l’argent vient de la télé et des banques, il faut un pitch… Je ne peux plus faire des films qu’avec des investisseurs particuliers, disposés à faire une folie. Je ne peux pas attendre de l’argent de la télé… L’industrie du film est devenue une alliée de la restauration. Il faut que ce soit simple parce que les gens vont au cinéma digérer le resto dans lequel ils étaient avant. Et il ne faut pas qu’ils aient peur, sinon ils pètent…

C’est bien John Lennon qui a produit votre troisième film, La Montagne sacrée, en 1973 ?
Oui, par l’intermédiaire de mon producteur Allen Klein (décédé cet été), qui était aussi le manager des Beatles et des Rolling Stones, et qui dirigeait Apple, la compagnie de disques des Beatles. Lennon était partant, il avait entendu parler d’El Topo. Je l’ai rencontré une fois, c’est tout. Il n’était pas possible, de toute façon, qu’il passe sur le plateau au Mexique, pour la simple raison qu’on tournait dans des endroits fous, dans les montagnes.

Vous avez un peu accumulé les folies sur le tournage de La Montagne sacrée, non ?
Tout le monde voulait me tuer. Deux mille personnes ont défilé devant la basilique de Guadalupe en me comparant à Charles Manson. Parce que je cherchais pour La Montagne sacrée des maisons à l’architecture coloniale. Or, devant la basilique la plus vénérée du Mexique, il y avait un très beau portail colonial. Bon, la scène était simple : devant ce portail devait passer un camion rempli de morts ensanglantés et nus. Un truc de rien du tout. Sauf que pour cela il faut déshabiller les gens, les enduire de faux sang et que vous n’allez pas faire ça à 10 kilomètres du plateau, mais dans la tente installée à côté de la basilique. On a donc quarante personnes nues ensanglantées, qui attendent dans la rue. En deux heures, toute la ville disait que nous faisions non pas un film mais une messe noire, que j’insultais la vénérée Vierge… et voilà soudain deux mille personnes à genoux demandant à ce qu’on m’expulse… Après, il y a eu des problèmes avec l’association des charros

Les quoi ?
Les charros, ce sont les cowboys mexicains, des mecs virils avec de grands chapeaux. Je les ai fait venir pour une scène : des charros portant des masques à gaz et dansant avec des hommes, un bal de folles ! Trois cents couples homosexuels ! Un charro est venu avec un revolver et me l’a posé sur la poitrine en me traitant de pédé… Lui aussi voulait me tuer. Le Mexique, quand tu lis les news, ça n’a pas changé. Hier, on a tué une avocate de vingt-huit coups de feu. Et en même temps, c’est un endroit où tu peux faire un film avec une mise de 5 000 $… Ça a été le cas pour El Topo en 1971.

Le Chili de votre enfance était-il aussi violent ?
Avant Pinochet, non. Après, oui. Quand les soldats, formés par des militaires allemands, ont commencé à former un État dans l’État. Mentalité bestiale, terrible. Moi, enfant, je vivais dans un petit village, je n’ai rejoint Santiago du Chili, la capitale, que vers 10 ans. J’étais un peu à l’écart dans ce village. Mon père et ma mère étaient fils et fille de Russes. J’étais traité comme on traite un Noir aux États-Unis. Je ne pouvais pas avoir d’amis, alors je passais mes ­journées à lire à la bibliothèque. Je pense aujourd’hui que ça a été la chance de ma vie, de ne pas avoir d’amis étant enfant. Je me suis forgé un monde.








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