LE PRISONNIER DU NIGER - PARTIE 1

François Bergeron a passé une saison en enfer


PROPOS RECUEILLIS PAR DAMIEN RACLOT PHOTOS : MNJ

Le Niger est un gigantesque sac de nœuds, mais c’est le quatrième producteur mondial d’uranium; du coup, le géant industriel français Areva y fait sa popote. Le taux d’exposition à la radioactivité de ses employés locaux est 40 fois supérieur aux normes de l’OMS… Le gouvernement nigérien s’en fout, il s’en met plein les fouilles et vient de vendre 122 nouvelles concessions d’exploration d’uranium dans le Nord Niger habité par les touaregs. Si ces mines sont exploitées, le Niger deviendra une immense plaie radioactive à la surface de la planète. Planqués dans les montagnes, quelques centaines de rebelles touareg luttent contre le gouvernement de Niamey, en partie parce qu’ils ne touchent pas une thune de l’exploitation massive des ressources de leur sol. Il est très difficile de savoir qui sont les rebelles du Mouvement des Nigériens pour la Justice, ce qu’ils veulent vraiment et s’ils sont manipulés, vu que la région Nord est interdite aux médias. D’ailleurs, deux journalistes nigériens risquent la peine de mort ou la prison à perpétuité pour avoir enfreint cette règle. Deux journalistes français d’Arte, eux, viennent d’être relâchés sous caution après une longue captivité. En 2005, François Bergeron a réalisé un documentaire sur Abdallâh Ag Oumbadougou, musicien et figure emblématique de la rébellion touareg des années 1990. Au vu de l’actualité, il a décidé de tourner un second documentaire. Il est reparti au Niger en août 2007 pour tenter de rejoindre le MNJ. Il n’atteindra jamais les montagnes. Pendant six semaines, il sera trimballé de cellule en cellule.

Nous étions onze dans la voiture. Des gars de Centrafrique, des mecs du Nigéria, des Algériens et deux touaregs qui se relayaient pour conduire le taxi-brousse. On a roulé de nuit. Initialement, j’avais dans l’idée de passer par Niamey, capitale du Niger, mais je savais que tous les journalistes suspectés de vouloir  approcher le Mouvement des Nigériens pour la Justice étaient systématiquement enfermés. J’ai donc contourné Niamey en passant par l’Algérie. Arrivé à Tamanrasset, au sud, dans le désert du Sahara, les choses se sont compliquées. Mon passeur n’était pas là, il m’a expliqué qu’il était surveillé par les services secrets algériens. J’ai poireauté quatre jours. Finalement, mes contacts du MNJ m’ont conseillé de descendre jusqu’à Arlit, dans le Nord du Niger, à 200 km de la frontière algérienne. C’était censé être plus facile. Je me suis débrouillé pour prendre un taxi-brousse, conduit par les deux touaregs, dont le fonds de commerce est précisément le trafic de migrants. Cette nuit-là, on a croisé des centaines de camions, des trafiquants d’essence, des voitures de migrants, ça roulait dans tous les sens. On se serait presque cru sur le périph’ un vendredi soir. À un moment, pendant le voyage, un des deux conducteurs est venu me voir et m’a montré une vidéo sur son portable. On voyait une soixantaine de 4x4 roulant en file indienne, dans les montagnes. Le type m’a expliqué: «Ce sont les rebelles que tu veux voir. C’est nos frères. Il faut pas te faire attraper avec cette vidéo, l’armée vérifie tous les téléphones.» Je ne savais pas encore que ce serait la seule occasion que j’aurais de voir ces Nigériens en mouvement pour la justice.



À Arlit, Mohammed, le guitariste d’Abdallah, un musicos porte-parole de la rébellion touareg des années 1990, est venu me chercher en moto. Chez lui, des femmes, plein de gosses, plein de vie. Je respirais. J’ai téléphoné aux rebelles des montagnes, mais d’après ce que j’ai compris à ce moment-là, ils étaient en pleine épreuve de force. Bref, j’étais pas vraiment leur priorité. J’ai vécu quelques jours avec la famille, les gens mangeaient peu. Bouillie de mil le matin et un peu de riz avec deux, trois carrés de viande le soir. Une fois, j’ai jeté sur un tas d’ordures des emballages de «Vache qui Rit» qui traînaient dans mon sac à dos. Quand je me suis retourné, les mômes suçaient les bouts d’alu triangulaire. Dehors l’armée patrouillait. On m’a raconté qu’ils pouvaient rentrer dans les maisons, la nuit, et embarquer tous les hommes. Moi j’étouffais un peu, je ne pouvais pas sortir. J’ai rencontré des passeurs, et avec eux, il était uniquement question d’argent. Je les ai interrogés sur Boutali, un des lieutenants d’Alambo, le président du MNJ. Ils se sont regardés furtivement, ils n’avaient pas vraiment l’air de connaître. J’ai senti le coup foireux et j’ai décliné leur offre.

À un moment, j’ai laissé tomber. Décidément pas d’ouverture du côté du MNJ. J’étais super déçu de rentrer bredouille, mais j’allais quand même repartir. J’ai trouvé un camion de transport de bétail, avec des travailleurs agricoles, qui partait pour Tamanrasset. À la sortie d’Arlit, contrôle de gendarmerie, ils ont fait sortir tout le monde. Je me suis mis à défaire mon turban pour ne pas qu’ils croient que j’essayais de me cacher. Ils ont trouvé la caméra dans mon sac, mon passeport français, j’ai été embarqué. Sans violence physique, mais c’était quand même stressant. Imagine-toi dix mecs autour de toi qui te gueulent dessus: «Pourquoi tu es là? Si tu es français, tu es un agent d’Areva, tu es un espion!» Heureusement, j’avais pris la précaution d’effacer de mon portable tous mes contacts du MNJ, et brûlé le synopsis de mon documentaire.

Les gendarmes m’ont livré aux forces armées. Les mecs étaient très nerveux, genre guerriers sous amphèt’. Ils m’ont conduit à 15 km de la ville et m’ont enfermé dans un petit baraquement sous un mirador avec mitrailleuse lourde, en plein désert. Flippant. Il n’y avait absolument rien, quelques barbelés et de la caillasse, à l’intérieur du camp un prisonnier touareg. Tu entends en permanence le bruit des armes. Tu apprends à chier avec une mitraillette pointée sur ton cul. Dans ces cas-là, il n’y a pas de place pour la peur, la peur, c’est quelque chose qui te dit qu’il faut que tu te barres vite fait. Quand tu sais que tu ne peux pas te sauver, ton esprit génère autre chose. Moi, j’étais en hyper observation, j’avais les yeux et les oreilles grand ouverts. J’analysais les tours de garde des patrouilles, les uniformes étaient assez disparates, il y avait peut-être des militaires du Nigéria. Un soldat écoutait RFI avec une petite radio pourrie, au moins j’avais des bribes d’infos… Dans ces conditions, tu dors très peu, tu te raccroches à tout, le vent, les chauves-souris, le gros ventilateur qui fait un bruit phénoménal. Mon compagnon d’infortune, le touareg, m’a dit qu’il était là parce qu’il avait des problèmes de papiers avec son véhicule. Je l’aurais presque cru. Plus tard, j’ai appris que les touaregs munis d’un téléphone satellite étaient systématiquement embarqués.


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If strip clubs were honest about what lay behind their doors they’d have flickering pink neon signs of this chief hanging out front and they’d all be named Frustration McLonely’s.
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When London’s Camden Market burned down, we thought these guys had become extinct but, no, ilovepokemon85 and dreamchixxzz simply moved to Mexico City instead of dying.
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