DOS & DON'TS






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DU CÔTÉ DE NOISEY





Vice : Quelle est ton histoire dans le monde des clowns ?

Bubbly da Clown :
J’ai commencé à 17 ans. Mon frère était à fond dans les tours de magie à l’époque et ça m’intriguait, donc je suis allée chez Zack’s Funhouse pour trouver des tours et rencontrer des magiciens. King Henry est venu me voir et m’a demandé si je voulais essayer. Ils avaient une école de clowns, je me suis inscrite et c’est comme ça que tout a commencé. Au début je faisais ça à plein-temps, puis j’ai arrêté pour trouver un job dans le monde de l’entreprise, pendant environ huit ans. Et puis j’ai repris en 2005 parce que je me suis rendu compte que c’était ce que j’aimais vraiment faire.

Pourquoi tu avais arrêté le clown ?

J’ai eu une fille, Destiny, à 17 ans. Je me faisais pas mal d’argent en tant que clown, mais après quelques années je me suis dit que j’avais besoin d’une assurance santé. J’ai commencé comme secrétaire, puis je suis devenue assistante administrative et j’ai continué de grimper. J’ai fini spécialiste de l’information en réseau. C’était un super bon boulot, mais j’étais pas heureuse.

As-tu passé des fêtes cauchemardesques en tant que clown ?

Ouais, j’ai eu des sales soirées. Les gosses peuvent être méchants, surtout quand ils essayent de faire rire leurs amis. Une fois j’ai eu deux gamins de 8 ans qui se sont ligués contre moi, je parlais à une petite fille, ils sont arrivés par-derrière et m’ont arraché ma perruque et mon nez en même temps. Je me suis sentie complètement nue parce qu’ils avaient cassé mon personnage, alors j’ai essayé d’en rire, genre « OK, maintenant vous allez me rendre ça ». Mais les parents s’en fichaient éperdument. C’est vraiment l’horreur quand les parents ne font rien et se foutent de ta gueule, ambiance « mes enfants te maltraitent ! Ha ha ha ! ». C’est rare, mais ça arrive.

On a déjà essayé de te draguer alors que tu étais déguisée en clown ?

J’essaye d’être la plus androgyne possible. Le problème c’est pas que je sois mignonne. Je mets des gros pantalons, une perruque, du maquillage, un gros nez rouge et de grosses chaussures. Mais y’a quand même des types qui ont l’air d’aimer ça. Certains mecs demandent : « Vous faites des soirées privées ? » J’essaye d’ignorer la question en déconnant et en leur mettant un coup de pied au cul ou quelque chose dans le genre. Les plus vieux sortent des trucs comme : « Je peux le voir dans tes yeux, t’es mignonne là-dessous. » C’est bizarre. Sinon, quand tu fais un ballon en forme de cœur, il faut le serrer au milieu pour le caler et le faire aller et venir de haut en bas. Et y’a toujours un type pour te dire : « Waouh, tu fais ça vraiment bien. »

Comment as-tu trouvé ton nom ?

C’était pas compliqué. On m’a dit toute ma vie que j’étais gonflée (bubbly), ça me paraissait logique de l’utiliser. Ton nom doit refléter ta personnalité. Ma fille Destiny vient de se lancer, ça a été un peu plus délicat pour son blaze. Moi, je suis pas un clown très féminin, mais Destiny joue sur le côté prude. Quand elle a commencé, je lui ai dit : « Je sais pas, peut-être que t’as l’air d’un Floopsy da Clown » parce que son perso fait tellement petite fille mimi. Elle trouvait ça mignon mais elle a préféré Oopsy. Je lui ai conseillé : « Tu pourrais être Floopsy et dire des trucs genre “Oopsy, Floopsy did a poopsy” (N.D.L.R. : Oups, Floups a fait un prout). » Finalement elle a préféré Oopsy.

Toi et ta fille utilisez toutes deux da dans vos noms, à la place de the.

Beaucoup de clowns utilisent da. Moi, je fais ça parce qu’à chaque fois que je participe à une fête, je demande leurs noms aux garçons et aux filles, puis je fais exprès de les mélanger et de faire l’idiote. Et puis je leur dis : « Laissez-moi me présenter, je suis Bubbly daaaaaaaaaa Clown. » J’allonge longtemps le « da ». Ou parfois je leur dis que Bubbly est mon prénom, daaaaaaaaaa mon deuxième prénom et Clown mon nom de famille. Les gosses adorent quand j’allonge le « da ».

Est-ce que c’est toi qui as poussé ta fille à devenir clown ?

Je l’aurais jamais forcée. Il faut posséder un tempérament d’artiste pour faire ça, tout le monde ne peut pas s’improviser clown. Je savais qu’elle avait ça en elle, elle était juste un peu inquiète pour la personnalité de son personnage. Elle a tendance à être assez calme par moments, rien à voir avec moi pour ça. Elle est plus réservée, mais quand tu la mets dans son costume, laisse tomber. C’est juste tellement différent d’être déguisée, les gens s’approchent de toi, les gamins viennent te voir alors qu’ils ne te connaissent pas. Ils te prennent dans leurs bras et te disent : « Je t’aime. » Elle a du talent, et elle aime ça.

Y a-t-il de la compétition dans la communauté des clowns ?

Non, parce que dès qu’ils débarquent, ils savent qu’ils sont sur mes plates-bandes… Je rigole. Parfois les gens s’embrouillent un peu, mais on ne laisse pas ça aller trop loin. Quand je fais un show avec quelqu’un, on se voit avant pour se mettre d’accord. Genre : « Bon qu’est-ce que tu veux faire ? T’es meilleur en ballons ou en peinture sur visage ? » Et on se tient à distance, parce qu’un clown peut facilement voler le show à l’autre.

Qu’a dit ton mari quand il a appris que tu étais clown ?

Il l’a pas vraiment su au début. Un jour, je voulais être romantique, je lui ai fait un ballon en forme de cœur. Il m’a demandé où j’avais appris ça et je lui ai tout raconté. Quand il m’a vue dans mon costume il a fait : « Waouh. » Je l’ai interrogé : « Ça va ? T’as pas honte de moi loulou ? – C’est génial, il m’a dit. » Ça va faire 14 ans qu’on est ensemble. Je lui vole des bisous, mais on fait gaffe, il faut pas que les gosses voient quelqu’un peloter le clown.


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