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DOS & DON'TS
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POPPY Z. BRITE: ROI ET REINE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS - PARTIE 1L’interview ViceENTRETIEN: AMY KELLNER, TRADUIT DE L’AMÉRICAIN PAR ETIENNE MENU, PHOTO: TONY CAMPBELLLes premiers livres de Poppy Z. Brite sont remplis de vampires, d’adolescents tourmentés et de créatures torturées, à la sexualité ambiguë et aux cheveux allant du platine pâle au jais en passant par le cramoisi qu’emmêlent et soulèvent des vents chauds. Ses deux premiers romans, Lost Souls et Drawing Blood, sont devenus des classiques instantanés à la fois chez la jeunesse gothique et les nerds de la littérature d’horreur. Sa troisième livraison, Exquisite Corpse, histoire d’amour entre deux serial killers adorant folâtrer dans les entrailles sanguinolentes de jeunes adolescents, était tellement abominable et pleine de détails insoutenables que je l’avais jetée par la fenêtre après avoir fini de la lire, de peur de ne pouvoir dormir avec un truc aussi atroce près de moi. Puis sont ensuite sortis une biographie de Courtney Love, plusieurs recueils de nouvelles, quelques anthologie d’histoires érotiques de vampires (toutes excellentes), sans oublier un éloge funèbre de William Burroughs dans lequelje ne l’oublierai jamaiselle s’imagine sodomiser son cadavre. Puis soudain, en 2004, elle sort un nouveau roman, Liquor, qui parlait de… chefs cuisiniers. Ouais, de chefs, plus précisément de Rickey et G-Man, un couple gay de La Nouvelle-Orléans branché bonne chaire et baise torride, qui ouvre un restaurant où tous les plats sont préparés, d’une manière ou d’une autre, avec de l’alcool. Brite a depuis écrit trois autres romans au sujet de cet adorable tandem et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Et même si l’univers de la foodie-lit et celui de l’horreur sont un peu comme le jour et la nuit, on sent toujours la touche de Brite: son sens du récit inimitable, sa ville natale de La Nouvelle-Orléans, l’amour entre hommes. Et là où ses premiers romans baignaient dans des fluides corporels visqueux (on y avait toujours l’impression que quelque chose dégoulinait, sang, foutre, crachats ou larmes), ses derniers livres n’en sont pas moins remplis de descriptions de matières gluantes, à la différence près qu’il s’agit maintenant de choses que vous pourriez manger sans attraper une MST. Brite tient également un journal web totalement addictif, où elle parle de sa vingtaine de chats rescapés, de l’expérience traumatisante qu’a été pour elle l’ouragan Katrina, ou encore de choses et d’autres sur lesquelles elle a besoin de fulminer, parce que c’est la vie. Si l’on se fie au post qu’elle a rédigé juste après que nous l’ayons contactée, elle ne donne plus tellement d’interviews ces jours-ci, mais visiblement nous l’avons sollicitée un bon jour. Veinards que nous sommes! Et que vous êtes. Vice: Tu t’assois à un endroit spécial quand tu écris? Poppy Z. Brite: Malheureusement, j’écris très peu ces derniers temps. Mes «gars dans la cave», comme les appelle si justement Stephen King, sont en grève depuis presque un an. Et malgré tous les gens bienveillants qui m’exhortent à «simplement écrire», ça ne marche pas davantage que de me dire «arrête d’avoir mal au dos» (j’ai des problèmes de dos chroniques) ou, pour citer un ami écrivain, de dire à un alcoolique «arrête de boire, c’est tout». Les gens qui n’écrivent pas ne saisissent pas à quel point c’est dur. Mais vous faites quand même votre blog sur LiveJournal… J’ai aussi écrit quelques articles pour des quotidiens et des magazines pendant l’année qui vient se s’écouler. J’ai fait ça sur ma table de travail, la même que j’avais à 12 ans. Bon, j’espère quand même que tu vas bientôt te remettre à écrire. J’y reviendrai quand ça reviendra. Je crois qu’il faut déjà que je règle tout un tas de choses en rapport avec Katrina. «Traiter le problème», comme on dit. J’aurais du mal à croire que j’ai survécu à tout ça sans les cicatrices émotionnelles que j’ai aujourd’hui en moi, mais le fait est qu’elles sont bien là, ces cicatrices. J’étais quelqu’un de plutôt heureux avant le 29 août 2005. Tu peux nous dire un peu de quelle façon tu as personnellement vécu l’ouragan, l’évacuation, la difficulté que tu as eu à récupérer tes nombreux chats? J’ai peur de ne pas être encore prête à parler de ça aujourd’hui. J’ai acheté une nouvelle maison en ville et je compte bien y passer le restant de mes jours, mais là j’ai atteint un point où c’est très difficile pour moi de lire ou regarder quoi ce soit sur La Nouvelle-Orléans, notamment sur tout ce qui concerne l’ouragan et ses conséquences, et je me suis rendue compte que je pouvais avoir des crises de panique quand je parlais un peu trop de cette période ou quand je relisais les entrées de mon blog à l’époque. Je vous conseille plutôt de regarder les posts de septembre et octobre 2005 sur docbrite.livejournal.com. Je les ai lus justement, et ça m’a bouleversé. J’avais les larmes aux yeux en lisant le passage où on vous laisse finalement retourner dans votre maison inondée, dans laquelle vous retrouvez un certain nombre de vos chats sauvages, mais pas tous. Oui, c’est triste, mais à présent je trouve ça beaucoup plus sain d’être en colère, et ça tombe bien puisqu’il y a plein de choses qui me mettent en colère en ce moment. Je ne me sens plus citoyenne des États-Unis. Le sud de la Louisiane s’est fait traiter comme un pays du Tiers-Monde, voire pire que la plupart des pays du Tiers-Monde. Pourquoi est-ce que je continue à payer des impôts à un gouvernement dont l’incompétence a dévasté ma ville, et qui en plus de ça refuse de réparer ce qu’il a brisé? Je tiens à préciser que les choses auraient été encore plus dures pour nous sur le moment sans la générosité de mes amis et de mes lecteurs. Ils nous ont permis de respirer financièrement grâce à leurs dons, et certains nous ont même aidé à sauver les chats que nous n’avions pas pu évacuer au départ. Leur gentillesse nous a aussi permis de rester à peu près sains d’esprit. Ok, on va passer à des questions un peu moins traumatiques. Tu peux nous citer quelques-uns de tes livres préférés? Il y en a des centaines, mais généralement une fois que j’ai mentionné La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, je ne sais plus trop quoi dire. C’est sans doute le livre de fiction le plus authentique qu’on ait écrit sur La Nouvelle-Orléans, et celui qui a le plus influencé la manière que j’ai d’écrire sur ma ville natale. À part ça, je pourrais citer Misery de Stephen King, où les jeunes auteurs trouveront beaucoup plus de bons conseils et remarques que dans n’importe quel manuel d’écriture. King, d’une manière générale, a tendance à être l’écrivain que je lis pour passer un bon moment. Sinon, j’adore V.S. Naipaul, Shirley Jackson, Ramsey Campbell, Paul Theroux (en particulier ses ouvrages de métafiction, dont on peut supposer qu’ils sont autobiographiques) et Carson McCullers. Moby Dick a été un bon compagnon de route lors d’un voyage en Australie, puisque j’en ai lu la moitié sur les routes de là-bas, puis l’autre moitié lors du vol retour. Paris et Londres en 1793 est mon livre préféré de Dickens. Et je ne pourrais me séparer de mon Smithsonian Guide to North American Birds. Dans chaque région où je me rends pour la première fois, j’ai l’habitude d’acheter au moins un guide ornithologique; j’adore les feuilleter une fois revenue chez moi, je revis mon voyage en me rappelant tout ce que j’ai vu et en regrettant de ne pas avoir vu tout ce que j’aurais aimé voir. Les oiseaux? C’est un grand hobby pour vous? Mon mari et moi adorons observer les oiseaux. Nous ne sommes ni l’un ni l’autre des experts, mais nous savons tout de même apprécier les trésors de la vie sauvage louisianaise. Un de mes plus beaux voyageset un des souvenirs qui m’a permis de m’en sortir après l’ouragana eu lieu en juillet 2005, dans la région australienne du North Queensland, où je me suis rendue après avoir été invitée à une convention à Melbourne. J’ai séjourné dans un endroit appelé la Cassiowary House, où j’ai découvert des centaines d’espèces d’oiseaux, dont des casoars [cassiowary en anglais], qui sont d’énormes oiseaux-coureurs au plumage noir et brillant, qui ressemble un peu à des cheveux, avec un cou bleu irisé et de grandes houppettes dures comme de la corne. À SUIVRE POPPY Z. BRITE: ROI ET REINE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS | 1 | 2 |
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