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DOS & DON'TS
DANS CE NUMÉRO
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DENNIS COOPER - PARTIE 1LA GRANDE ÉPOQUE DE FANZINES (OUI, C’ÉTAIT BIEN) ET LES BLOGS TRANSGRESSIFS (OUI, ÇA EXISTE) - L'interview VicePROPOS RECUEILLIS PAR STEVE LAFRENIERE, TRADUIT DE L’AMÉRICAIN PAR ETIENNE MENU Si l’on devait noter les magazines entre 1 (pour les quasi-inconnus) et 100 (pour les big), les revues de poésie galèreraient pour passer la barre des nombres positifs. À quoi ressemble le minuscule lectorat de canards aussi chétifs que Figdust, Narrativity ou Tarpaulin Sky? Quelle que soit la réponse à cette question, sachez tout de même qu’entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, le «secteur» connut une ère glorieuse en recrutant des auteurs porno, punks toxicos, prostitués artistes, carriéristes du zen, ainsi que des types comme Joe Brainard, Sean Cassidy ou Andy Warhol. Tous écrivaient ou apparaissaient d’une façon ou d’une autre dans Little Caesar, un fanzine littéraire façon fête foraine qui vire dark, dirigée par Dennis Cooper et élaborée dans une arrière-salle de l’ancienne mairie de Venice, Californie. À l’époque, des années avant qu’il ne devienne le dieu de l’Abject-Lit que l’on connaît aujourd’hui, l’auteur de romans comme Closer, Frisk, Try, Guide ou Period, Cooper était un gosse de riches d’Hollywood, qui tentait de sortir de son milieu en écrivant des poèmes imprégnés de pop culture. Il vit maintenant à Paris, et c’est dans son appartement qu’il nous raconte ces jours heureux où l’on pouvait publier des textes extrêmes et pisser sur quelques monuments obsolètes de la littérature mondialeet où flottait dans l’air un truc appelé New Narrative. Vice: Vous avez lancé Little Caesar à Los Angeles en 1976. C’était quoi l’idée de départ? Dennis Cooper: Comme j’écrivais beaucoup de poésie, j’étais allé jeter un œil sur la scène poétique de L.A. avec mon amie Amy Gerstler. Et j’en avais conclu qu’il s’y passait pas grand chose d’intéressant. J’étais vraiment super à fond sur l’école new-yorkaise, tout le truc autour du Saint Mark’s Poetry Project, les petites maisons d’édition qui se montaient. Ça m’obsédait, je collectionnais tout ce qui sortait, les pamphlets, les chap-books, les magazines. Et puis, je sais pas, je rêvais de lancer un mouvement du même genre à L.A., à une échelle beaucoup plus petite, évidemment. En 1976 je suis allé en Angleterre parce que j’avais entendu parler du punk, je voulais voir à quoi ça ressemblait. Ça m’a vachement stimulé de sentir ce qui se passait là-bas en musique, mais aussi niveau fanzines avec des trucs comme Sniffin’ Glue. Et quand je suis revenu à L.A., je me suis dit que c’était le bon moment pour tenter quelque chose de mon côté: lancer un magazine qui n’aurait pas de centre, pas de ligne fixe. Y mettre quelques trucs de New York dedans, et par la même occasion parler de musique et tout ça. À l’époque, on trouvait déjà des revues littéraires qui valaient le coup aux États-Unis? Quelques-unes. Une qui m’avait particulièrement inspiré, c’était Muzzled Ox, à New York. Il y avait des photos dedans, c’est ce qui m’avait intéressé. Il y avait un aspect un peu plus multimédia que d’habitude qui me plaisait, même si on y retrouvait malgré tout pas mal d’habitués du milieu littéraire new-yorkais. Sinon, Kenward Elmslie faisait le magazine Z, que j’aimais vraiment bien, et puis il y avait aussi The World et Angel Hair. À Boston, cet éditeur appelé Telegraph publiait des choses qui avaient été très importantes pour moi. Des petits livres, comme le premier truc de Patti Smith, ou Scars de Brigid Polk. En même temps, vous vous étiez à fond dans la presse musicale underground… Oh que oui. Creem, évidemment, c’était quelque chose, surtout grâce à Lester Bangs, et avant ça Crawdaddy avait été pas trop mal. Il y avait eu pas mal de magazines issus des débuts de la scène punk, autant à New York que chez les Anglais, comme Punk ou Trouser Press. À L.A., Slash n’allait pas tarder à démarrer, et il y avait un autre fanzine dont j’ai oublié le nom, fait par ce gars, Phast Phreddie. Voilà ce qui se passait déjà quand j’ai décidé de lancer Little Caesar. Vous arriviez à voir le rapport entre un certain genre de musique et un certain genre de littérature. J’avais tendance à tout voir comme de l’art, et je m’intéressais donc à ce que le punk avait d’artistique. Et puis il y avait aussi le lien fait par des gens comme Patti Smith, Richard Hell et Tom Verlaine, qui écrivaient déjà lorsqu’ils s’étaient mis à la musique. Je pense aussi à Jim Carroll, qui faisait un groupe tout en ayant écrit Basketball Diaries. Tout ça me parlait, ça me renvoyait à mon esthétique en tant qu’auteur. Il y avait un côté très littéraire dans les chansons qu’ils jouaient. Rimbaud avait été le thème de tout un numéro. Je me souviens de cette double page avec des photos de David Wojnarowicz errant dans des coins miteux de New York, avec un masque de Rimbaud, en train de se branler, etc. Comment t’as pu faire faire ça aux gens? Au départ, je devais écrire à tout le monde, me montrer charmant, histoire qu’ils acceptent de m’envoyer leur pire poème ou un truc dans le genre. Et puis le magazine s’est mis à avoir du buzz et ça a bien facilité les choses. J’ai été le premier à publier le boulot d’un gars comme David Wojnarowicz. Si j’ai réussi à l’avoir, c’est parce que mon copain Tim Dlugos avait baisé avec lui. Pendant qu’ils baisaient, il lui avait demandé ce qu’il faisait et David lui avait répondu qu’il écrivait et qu’il faisait de la photo. Tim lui a dit d’envoyer des trucs à Little Caesar. C’était un nouveau venu. Il tapinait! Tim était son client (rires). Pour un fanzine, Little Caesar était assez beau, imprimé et non pas photocopié. Le premier numéro était agrafé, mais les autres avaient l’air vraiment brochés. Comment t’avais trouvé l’argent? En gros, j’ai mis la pression à ma mère, genre chantage affectif. En plus, mon idée c’était de vendre le canard le moins cher possible, du coup je ne suis jamais rentré dans mes frais. Et comme, évidemment, aucun magasin m’a jamais payé les exemplaires vendus, j’ai perdu encore plus de fric. Après, j’ai commencé à avoir plus d’ambition: impression offset, photos et autres trucs artistiques. J’ai sorti un numéro spécial Gérard Malanga, qui faisait quelque chose comme 800 pages. Avec Little Caesar Press, j’ai publié 26 livres avec couvertures en couleur, vendus deux dollars. Finalement est arrivé le moment où ma mère a dit «Stop, je peux plus financer tes conneries». ![]() De nos jours, on t’aurait filé une bourse pour ça. À l’époque, on proposait pas de bourse pour ce genre de choses. J’ai jamais eu de bourse de ma vie. Niveau distribution, c’était plutôt gros? Vu les limites inhérentes au projet, je dirais que oui. On trouvait le fanzine dans tout un tas de magasins en Angleterre, à Amsterdam, en Allemagne, ce qui du coup m’a permis d’avoir des propositions de la part de gens de là-bas. Genre, un Anglais m’écrivait pour me dire: «J’ai interviewé Johnny Rotten, si ça te branche», des trucs comme ça. Le dernier numéro s’appelait «Overlooked and Underrated» («Ignoré et sous-estimé»). Tu avais demandé à des poètes de parler de leurs auteurs obscurs préférés. C’était facile, j’avais laissé Ian Young s’occuper de ce numéro. Mais le résultat m’avait paru un peu fade, j’étais déçu de pas avoir pu vraiment bosser dessus. ![]() Sans déconner? Putain, c’est quand même grâce à ce numéro que je me suis mis à adorer ce que faisaient Ronald Firbank, Denton Welch, Jonathan Williams ou Abe Merritt! J’avais prévu de sortir encore un autre numéro après celui-ci, je voulais faire quelque chose de vraiment dingue. J’avais plein d’images à mettre dedans, donc ça allait coûter énormément en frais d’impression. J’avais rassemblé tout le matos, mais c’est là que ma mère m’a dit qu’elle allait arrêter d’allonger. Ça s’est fini comme ça, c’est tout. J’avais pensé faire un Best of Little Caesar, où j’aurais pu mettre une partie de ce numéro perdu, mais on avait malheureusement jeté la maquette par accident. De toute façon, le papier serait tout jauni aujourd’hui, parce que je m’étais servi d’une vieille machine de composition. En plus il faudrait régler des histoires de droits, ce serait un cauchemar. 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