DOS & DON'TS






DU CÔTÉ DE VICELAND



DU CÔTÉ DE VBS



DU CÔTÉ DE THE CREATORS PROJECT



DU CÔTÉ DE NOISEY




Photo: Maciek Pozoga




À Behren, tout le monde connaît Dédé. Comme beaucoup de fils de mineur, il est né trop tard pour suivre les traces de son père, vu que les mines étaient déjà en train de fermer. Alors il est devenu boxeur, puis dealer, puis RMIste. On l’a rencontré dans un bar, on a bu quelques bières et il nous a raconté son histoire.



’ai commencé à boxer à l’âge de dix ans. Jusqu’à mes dix-huit ans, je boxais tous les samedi soir, des combats de galas dans les salles municipales de la région. J’étais bon mais, je ne voulais pas devenir professionnel. Je disais à mon entraîneur: «Trouve moi un travail, trouve-moi un vrai travail». À un moment donné, j’en ai eu marre, je lui ai dit «Y’a pas de travail? Je m’entraîne plus, je baisse les gants.» Pourquoi monter sur le ring? Pour 50 balles par combat?

Alors, à dix-neuf ans, je me suis mis à dealer du shit, et là, je me faisais 1 000 balles par semaine et puis, je suis tombé dans la came. Au début, ça m’a fait du bien. Ouh la la. Ça m’a ouvert l’esprit, je suis devenu moins timide, j’allais vers les filles. J’avais à peine dix-neuf ans et j’avais affaire à des gens de trente ou quarante piges. À Behren, à l’époque, tout le monde était là-dedans. Les Algériens, les Marocains, les Italiens. On était dix, quinze, vingt dealers. Je n’ai jamais shooté. Je la fumais à la chinoise, sur du papier alu. J’ai tapé et dealé de la came pendant trois ans. Non-stop. Je vendais même aux parents d’un copain à moi, un Italien, ils venaient me voir pour me dire: «Federico, donne-moi un peu de came pour mon fils Luigi». C’était 500 francs le gramme, mais moi je cassais les prix, je le faisais à 250 francs, ils m’appelaient le Père-Noël. L’héroïne venait de Rotterdam. C’est pas loin Rotterdam. C’est à 400 bornes. Tu pars maintenant et tu reviens le lendemain matin. Comment j’ai réussi à m’arrêter? À l’ancienne, la méthode dure, en prison. J’ai pris six ans.

Photo: Maciek Pozoga


Ils m’ont arrêté sur délation. Commission rogatoire. Que des gens qui se sont fait serrer avec une petite pochette sur eux et qui m’ont balancé. Je n’avais rien sur moi quand ils sont venus me chercher, que des armes. Un 22 long rifle, une carabine, un fusil à pompe et un flingue. Je les sortais parfois, quand des gars voulaient acheter vingt, trente grammes de poudre, c’était: «Montre l’argent!», «Non, va chercher la came!», «Montre-moi l’argent, merde!», «Pourquoi tu veux que je te montre la came, si tu montres pas l’argent? Allez hop, sors de la voiture!» À dégager. Bref, les flics avaient les témoignages de trente personnes qui disaient que j’étais un gros dealeur. Trente dépositions! On me reprochait huit kilos d’héroïne et cinq kilos de coke, sur trois ans, et c’était la vérité ce que disait le juge. Trente personnes contre toi, comment tu veux nier?

J’ai fait quatre ans en France, et puis je me suis retrouvé interdit de séjour. J’étais «à la trique», interdit de territoire dans la Moselle, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Alors je suis parti en Allemagne où j’ai commencé à faire des braquages. Je rentrais dans les magasins avec un flingue en plastique: «Bonjour Madame, donne-moi les sous!» J’ai repris cinq ans, pour un braquage, et là j’ai morflé hein, ils m’ont bien soigné. Les Allemands te font passer un test psychologique pour savoir si tu es responsable ou pas. Moi, j’ai été déclaré irresponsable à cause de toute la coke que je prenais à l’époque. J’ai jamais goûté le crack, mais je fumais cinq grammes de coke par jour, ça me rendait dingue. Il ne faut pas prendre les toxicomanes pour des cons. Ce sont des malades, ces pauvres gens, ils sont malades.

Je suis sorti le 5 février dernier. J’ai un fils de six ans, ça fait neuf mois que je ne l’ai pas vu, il vit chez la mère de mon ex-femme. Elle aussi, elle déconne: alcool, shit, subutex. Tout ce que je veux aujourd’hui, c’est revoir mon petit. En attendant, je survis comme je peux mais c’est pas très facile dans cette région.

PROPOS RECUEILLIS PAR LA RÉDACTION DE VICE