DOS & DON'TS






DU CÔTÉ DE VICELAND



DU CÔTÉ DE VBS



DU CÔTÉ DE THE CREATORS PROJECT



DU CÔTÉ DE NOISEY










INTERVIEW: MATHIEU BERENHOLC PHOTOS: ROMAIN BERNARDIE JAMES



inon, les gens qu’on a rencontrés sont plutôt cools…

On a des gens adorables et on a aussi de vrais emmerdeurs. Il y a une dame qui a l’air toute mignonne. Elle se promène dans la cafétéria pour demander un euro et, avec la pièce, elle téléphone à sa pauvre fille pour l’insulter pendant des heures. Des fois, ça peut être plus grave, voire carrément violent : on a un monsieur qui a flanqué un coup de canne sur la tête d’un autre parce qu’il l’avait pris pour un cambrioleur. Celui qui avait le crâne ouvert ne se rendait même pas compte de la douleur. Et cette autre dame qui s’attaque aux infirmières maghrébines en leur disant : «Je vais vous montrer moi comment c’était la guerre d’Algérie».

La plupart des personnes à qui l’on a parlé trouvent le monde d’aujourd’hui plus violent que celui de leur jeunesse pendant l’Occupation.

En fait, ils regardent la télé pendant des heures et ne perçoivent le monde extérieur qu’à travers elle. Pendant la première guerre du Golfe, on a fait un débat pour savoir ce qu’ils pensaient des événements et on s’est rendu compte qu’ils avaient très peur des avions qui survolaient la France pour aller bombarder l’Irak. Ils s’imaginaient que les bombes étaient accrochées avec du fil de fer et que donc, elles pouvaient leur tomber dessus comme en 40.

Est-ce qu’il y a des histoires d’amour dans les maisons de retraite?

On a des chambres pour les couples mariés, mais on a aussi des rencontres. Un jour, un homme et une femme sont venus me voir en me disant : «Monsieur le directeur, on voudrait vous demander une faveur : est-ce qu’on pourrait vivre ensemble». Les deux étaient un peu handicapés mais lucides. Je me renseigne auprès des infirmières et effectivement, le monsieur descendait régulièrement voir la dame. Une chambre se libère, je les mets ensemble… Et là, je me suis tapé les familles. J’ai appris juste après, qu’en fait ils vivaient déjà ensemble dans un autre foyer et leur famille les avaient séparés. Ils les ont tellement bien séparés sans se consulter ces cons, qu’ils les ont remis dans la même maison.

Mais euh… Ils ont des rapports sexuels?

Ben oui. On a une dame de 60 ans, elle est mongolienne—les Français disent trisomique—et bien, elle vient de découvrir l’amour. Ses parents qui ont 91 ans sont très choqués. Quand ils se sont pointés, le gars était dans le lit. Pour eux, leur fille ne savait pas ce qu’elle faisait. Donc, c’est que le monsieur profitait. La fille, elle, elle savait très bien exprimer que c’était bien agréable. Ils avaient une relation normale de couple. Mais bon, il y quelque temps, on avait un monsieur qui baissait son pantalon tous les soirs et faisait le tour des onze autres chambres de son étage.

Waow! Et les onze étaient partantes?

Bon, parfois on est à la limite du viol. Disons que certaines femmes n’étaient pas en capacité d’exprimer une vision claire de la situation. Lui non plus d’ailleurs, lui, il était primaire. Certaines résidentes l’aimaient bien, parfois elles me disaient: «Il ne vient pas me dire bonne nuit le monsieur?». Le problème c’est de gérer ce genre de situation au cas par cas, mais c’est jamais très simple à aborder avec les familles.

Finalement, ça pose plus de problème aux familles?

Sommes nous toujours très clairs par rapport à la sexualité de nos parents? En général, on préfère ne pas en entendre parler, non? Et bien, ce genre de choses, ça ne s’arrange pas avec l’âge.


VIEILLE FRANCE | 1 | 2 |